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UN ENFANT DANS LA TOURMENTE DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE. Préface.
Plus de 50 années après cette guerre qui a meurtri tant d'hommes, j’ai essayé de transcrire comment un enfant de six ans avait perçu le monde pendant cette période tourmentée en rapportant le drame vécu par une famille française, la mienne, qui fut jetée hors de sa maison et de son village d’Alsace parce qu’un des siens avait refusé de se soumettre à un despote qui voulait mettre toute l’Europe sous sa botte. Durant 27 mois d’exil, cet enfant a vécu des moments de peur et d’angoisse, il a perçu les cris de révolte et même de haine étouffés par la soumission et il a aussi accompagné ses parents dans le refuge et le réconfort de la prière. Cependant, avec l’innocence de son âge il s’est affranchi des barrières dressées par des sentiments parfois très violents chez les adultes pour nouer avec des gamins allemands des relations de camaraderie. Il a aussi perçu et apprécié la gentillesse et la bonté de personnes généreuses qui lui ont ouvert leurs portes et partagé sans compter le peu qu'elles avaient. Dans sa mémoire c’est surtout cela qui est resté gravé car pour lui le soleil qui brille ou les étoiles qui luisent sont porteurs d’espérance, de paix et de fraternité. Ainsi même dans la nuit la plus sombre subsistent des traces de lumière et donc d'espérance. C’est d'ailleurs aussi pourquoi, aujourd'hui je crois très fort en une Europe fraternelle et unie et garde un profond respect pour ses bâtisseurs, qu’ils se nomment Robert Schumann, Charles de Gaulle, Konrad Adenauer et beaucoup d’autres encore. Maximilien Kolb le saint d’Auschwitz, Franz Stock l’aumônier de Fresnes et des fusillés du Mont-Valérien, Alfred Stanke le franciscain de Bourges, Edith Stein martyre de la déportation ont eux aussi témoigné chacun à leur manière de la vraie fraternité, ils ont été par leur vie et leur engagement des précurseurs de notre Europe.
Enfin, avec un certain recul je me suis rendu compte que moi aussi j'avais croisé des personnes qui bien modestement avaient elles aussi une vision d'un monde où le Rhin ne serait plus cette frontière rigide entre deux peuples. En 1986 j'ai donc fait un premier courrier à la paroisse Saint-Martin de Biberach pour lui parler de ces gens modestes et pourtant si méritants, en 1993 j'ai écrit dans le même but à la paroisse Saint-Joseph de Birkendorf. Et puis un jour j'ai eu le plaisir de recevoir une réponse d'une jeune fille de Birkendorf, Antje Beducker, puis de toute une classe de terminale du Gymnasium Pestalozzi animée par Madame Roth professeur de français. Tous m'ont demandé avec insistance de leur parler de cette période et c'est ainsi qu'a débuté ce travail de rédaction. Par avance je remercie le lecteur pour sa compréhension et son indulgence car ce qui suit n'est que le travail d’un amateur, toutefois j’espère qu’il y trouvera des raisons d’espérance en cette Europe qui me tient tant à cœur. L'écriture de cette histoire m’a encore davantage rapproché de beaucoup de personnes, certaines nous ont hélas déjà quittés, d’autres continuent de faire vivre des liens d’affection et d’amitié qui me réchauffent le cœur. C’est à tous ceux-là que je dédie cette histoire et tout particulièrement : - à la mémoire de Maman, de Papa, de mon frère Michel, de ma sœur
- à mes frères Joseph le réfractaire et Laurent l'évadé - à Marguerite mon épouse, à mes enfants et petits-enfants - à Jacques Dacquin fidèle à une amitié née en 1944 à Biberach. - à Marie Seel également exilée - à mes oncles et tantes qui nous ont fait de leur mieux pour nous aider - et à tous mes amis d’hier et d’aujourd’hui de Biberach.
Septembre 2002 Jean BABÉ >>>>>>>>>>> Chapitre 1 |